Selon ceux qui, du côté belge, l’ont négocié, c’est bel et bien le « deal du siècle » : le gouvernement du libéral Alexander De Croo a entériné, dans la nuit de mardi 12 à mercredi 13 décembre, un accord conclu avec le groupe énergétique Engie sur l’avenir du nucléaire. Il prévoit notamment la prolongation de deux réacteurs pendant dix ans.
Ce contrat clôt, en principe, des débats politiques qui auront duré vingt ans. Après une décision de principe sur la fermeture complète du parc nucléaire, en 2003, la suite a été marquée par d’incessants revirements.
A la fin de 2020, le principe d’une sortie du nucléaire était toutefois réaffirmé, et Engie actait la décision. En août 2022, le gouvernement, une coalition de sept partis incluant les Verts, était néanmoins contraint de revoir sa copie : la crainte de ruptures d’approvisionnement pour les hivers suivants était alimentée par la guerre en Ukraine et les problèmes du parc nucléaire français, dont dépendait en partie l’alimentation du pays.
Les solutions alternatives envisagées (des centrales au gaz, un parc de batteries, le développement de l’éolien…) s’avérant insuffisantes, ou impossibles à mettre en place à court terme, l’idée d’une prolongation de deux des sept réacteurs du pays, Doel 4 en Flandre et Tihange 3 en Wallonie, s’est imposée à tous, y compris aux écologistes.
Engie en position de force
Engie était désormais en position de force et pouvait imposer ses conditions. D’autant que la société avait fait valoir les difficultés techniques et les problèmes d’approvisionnement en combustible liés à une prolongation. Même s’ils étaient les plus récents, et capables de fournir les 2 gigawatts nécessaires pour éviter un black-out, Doel 4 et Tihange 3 nécessitaient une mise à l’arrêt pour une remise à niveau, avant un redémarrage pour dix ans, en 2026.
Effectuant, elle aussi, un revirement, l’Autorité fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) proposait cependant, en février, d’accorder à l’opérateur un délai de trois ans supplémentaires pour cette révision, afin de permettre le fonctionnement des deux réacteurs lors de l’hiver 2025-2026. Les dirigeants de l’AFCN avaient, jusque-là, rejeté un tel scénario, invoquant des problèmes de sécurité.
D’autres modalités de l’accord de principe devaient encore être négociées. A la fin juin, une ultime confrontation houleuse entre M. De Croo et Catherine MacGregor, la directrice générale de l’énergéticien, menaçait de tout faire échouer. C’est finalement une intervention d’Emmanuel Macron, à la suite d’une conversation qu’il avait eue, le 24 avril, avec le premier ministre belge, lors d’un Sommet de la mer du Nord, à Ostende, qui aurait permis le déblocage du dossier.
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