Il s’agissait de l’une des grandes promesses du Brexit : le divorce avec l’Union européenne (UE) permettrait enfin au Royaume-Uni d’en finir avec la libre circulation des citoyens européens, de « reprendre le contrôle » de ses frontières nationales pour limiter les arrivées. Quatre ans après son entrée en vigueur, le 31 janvier 2020, la réalité est tout autre. Certes, avec 86 000 départs nets entre juin 2022 et juin 2023, les citoyens de l’UE ont été plus nombreux à quitter le territoire qu’à s’y installer. Mais ils ont été très largement remplacés par des personnes venues d’Afrique (Nigeria) et d’Asie (Inde, Chine et Pakistan). La migration nette a ainsi atteint un niveau historiquement élevé, avec 682 000 entrées nettes entre juin 2022 et juin 2023 − et même 745 000 entre décembre 2021 et décembre 2022.
Le gouvernement conservateur de Rishi Sunak préfère pointer la migration illégale et concentrer son énergie à mettre en œuvre un accord controversé de déportation vers le Rwanda des demandeurs d’asile arrivés par la Manche sur des bateaux pneumatiques. Pourtant, l’essentiel de la migration est légale, concernant des personnes munies d’un visa de séjour ou de travail. Entre juin 2022 et juin 2023, 52 530 migrants étaient arrivés dans le pays en situation irrégulière, soit 7,7 % des arrivées nettes.
Malgré une rhétorique antimigrants, M. Sunak appliquait, jusqu’à ces derniers mois, une politique lancée en 2021 par son prédécesseur, l’ex-premier ministre Boris Johnson : un régime post-Brexit plutôt libéral, délivrant des visas aux personnes disposant d’un contrat de travail et d’un plancher de ressources annuelles de 26 200 livres sterling (30 000 euros environ). Ils pouvaient faire venir leurs proches, tout comme les étudiants. Les autorités ont aussi instauré des exemptions aux planchers salariaux pour les emplois dans des secteurs jugés prioritaires (agriculture, aide sociale, santé publique).
Ces choix politiques traduisent une dépendance structurelle du Royaume-Uni à la migration. Environ 19 % des employés du NHS, le système de la santé publique hospitalier, ne sont pas des citoyens britanniques. N’ayant pas suffisamment investi, depuis des décennies, dans la formation de ses personnels soignants, le Royaume-Uni souffre d’une pénurie de médecins. Dans d’autres secteurs sous tension, les employeurs profitaient même d’un dispositif leur permettant de recruter temporairement des travailleurs étrangers à des salaires 20 % inférieurs au salaire minimum dans leur secteur.
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